Yalda : une nuit à partager — quand l’obscurité devient promesse de lumière

By Published On: décembre 20th, 2025

Chaque année, au moment du solstice d’hiver, la culture iranienne se rassemble autour d’une nuit singulière : Yalda (یلدا [yalâ]), la nuit la plus longue de l’année. Dans beaucoup de familles, on l’appelle aussi Chab-e Tchele (شب چله) — « la nuit de la Tchélleh » — expression qui renvoie à l’entrée dans une période hivernale longue et intense. Mais, quelle que soit l’appellation, l’idée est la même : cette nuit n’est pas seulement un fait astronomique, c’est une manière de vivre le temps autrement.

Le mot Yalda vient du syriaque (yaldā), et signifie « naissance ». Cette étymologie n’a rien d’anecdotique : elle éclaire le cœur de la tradition. Yalda correspond au moment où l’obscurité atteint son maximum — et pourtant, dès le lendemain, les jours commencent à s’allonger. Autrement dit, au sommet de la nuit, quelque chose commence déjà : le retour progressif de la lumière.

 

Une fête de la maison, une fête de la présence

Yalda se célèbre surtout à la maison. Ce n’est pas une fête de parade, ni un événement public spectaculaire : c’est une soirée de proximité. Les familles se réunissent souvent chez les parents ou les grands-parents, et la nuit devient un espace commun — un temps qu’on décide de ne pas traverser seul.

On essaie de rester éveillé jusqu’à tard, parfois jusqu’à minuit ou au-delà. Non pour “vaincre” la nuit, mais pour l’habiter : parler, raconter des souvenirs, rire, écouter. Yalda a quelque chose de très simple et très rare : elle donne une valeur à la durée. Elle rappelle que certaines nuits ne sont pas faites pour être “rentabilisées”, mais partagées.

 

La table de Yalda : rouge, chaleur, endurance

La table de Yalda est l’un de ses signes les plus visibles. On y trouve presque toujours des fruits rouges — surtout la grenade (انار [anâr]) et la pastèque (هندوانه [hendevâne]). Leur couleur vive, au cœur de l’hiver, évoque la vie, la chaleur, l’énergie : une forme de résistance symbolique au froid et à la nuit.

On y ajoute souvent des fruits secs et des noix (آجیل [âdjil]), parfois des pâtisseries, et presque toujours du thé. On mange lentement, on grignote en parlant. Là encore, le geste est cohérent avec l’esprit de la nuit : faire durer, prolonger, ne pas accélérer. Yalda est une fête où l’on apprivoise la lenteur.

 

Poésie et Hafez : quand les mots circulent

Yalda est aussi une nuit de langage. Dans de nombreuses familles, on lit ou récite des poèmes, et notamment Hafez, l’une des voix les plus aimées de la poésie persane. Les poèmes ne sont pas toujours “expliqués” : ils sont partagés comme on partage une musique. Ils créent une atmosphère, ouvrent des résonances, permettent parfois de dire indirectement ce que l’on ressent.

Beaucoup pratiquent également le fāl-e Hafez (فال حافظ) : on ouvre le recueil au hasard et on lit le poème comme une réponse possible à une question ou à un état d’esprit. Ce geste, entre jeu et rituel, montre à quel point la poésie demeure une langue vivante dans l’expérience quotidienne.

 

Une tradition au-delà de l’Iran

Yalda est profondément associée à l’Iran, mais elle dépasse les frontières actuelles. Elle se retrouve — avec des variations de formes et de noms — dans une aire culturelle plus large : en Afghanistan, au Tadjikistan, dans certaines régions du Caucase et d’Asie centrale, et également dans plusieurs communautés kurdes.

Ce qui reste commun, malgré les différences, c’est l’idée centrale : une nuit longue, dense, traversée ensemble — et tournée vers une lumière qui revient, lentement mais sûrement.

 

Pourquoi Yalda touche encore aujourd’hui

Yalda n’est pas une tradition “muséifiée”. Si elle reste si présente, c’est parce qu’elle répond à quelque chose de profondément humain : la nécessité de traverser des périodes sombres sans se mentir, mais sans s’y enfermer. Yalda ne nie pas la nuit ; elle lui donne une forme humaine : une table, des voix, des récits, des fruits, des poèmes.

Et l’étymologie revient comme une évidence : appeler cette nuit « naissance », c’est affirmer qu’un recommencement peut surgir précisément là où l’obscurité semble la plus épaisse.

 

Joyeuse Yalda ! 🌙🍉

Une nuit longue, partagée,
au seuil du retour de la lumière.

 

🎥 Pour prolonger : une courte vidéo (musique & poésie)

Pour cette Yalda, j’ai préparé une petite vidéo construite autour de deux vers de la chanson contemporaine « Chab-e Tulâni (شب طولانی) » d’Ali Molaie.
Vous pouvez la découvrir juste ci-dessous, en prolongement de cet article.

Written by : Amin Shakeri

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